samedi 19 juillet 2008

Si loin du monde (Tavae)

D'habitude ce genre de 'récits réels' n'est pas trop ma tasses de thé et celui-là est arrivé je ne sais trop comment dans ma bibliothèque. Enfin , le voilà lu...

Ce récit d'un marin polynésien ayant dérivé en mer pendant plusieurs mois du fait d'une panne mécanique de son embarcation n'est néanmoins pas complètement dénué d'intérêt.
Ce qui est saisissant si on en croit le texte, c'est la foi qui anime cette personne durant tout son périple.
On a ici à faire à un bel exemple d'"amor fati" dans sa forme la plus positive, puisque cet abandon bienheureux à son destin (pourtant tragique) ne signifie pas pour autant résignation. L'individu met tout en oeuvre pour s'en sortir mais accepte néanmoins les limites de son pouvoir sur son devenir.
Dommage que cela soit justifié dans son discours par sa croyance en un Dieu qui serait partie prenante de son aventure...
On peut aussi déplorer ses discours nostalgiques sur l'époque passée, car si sa critique acerbe de la société actuelle est justifiée, il serait préférable d'imaginer de nouvelles évolutions, plutôt que de pleurer sur la tombe du prétendu "bon vieux temps".

Mais voilà nous n'avons pas à faire à un roman ou encore à quelconque essai, et ce n'est pas un auteur ou un penseur que je juge ici mais un individu et qui suis-je pour faire cela ?

C'est là à mon avis la limite de ce type d'ouvrage.

Citation : "Je vais vous dire ; j'aimerais accoster dans un pays qui ressemble au Huahine de mon grand-père. Chez vous, les poissons, ça peut pas se produire, ce qui nous est arrivé. C'est un peu comme si les mahi mahi, ou les chirurgiens, décidaient du jour au lendemain que vous avez mieux à faire qu'à nager toute la journée. Ils vous offriraient des richesses, des choses extraordinaires pour vous dissuader de vous promener, et, petit à petit, vous ne sauriez plus nager. Vous vous couperiez de vos ancêtres, vous deviendrez comme mes fils : des âmes mortes qui flottent entre deux mondes."

Les souvenirs galants du marquis de V (Georges Kornheiser)

Un roman libertin mais avec la démesure et la révolte en moins par rapport aux oeuvres du Divin Marquis qui font référence en la matière. Loin de revendiquer leur côté destructeur, blasphémateur, etc. les personnages du roman sont au contraire pétris de bonnes intentions et d'idéalisme. On croirait presque retrouvés des héros stendhalien mais sans l'étoffe d'un Fabrice del Dongo...

La lecture de ce roman reste néanmoins assez agréable, surtout pour ceux qui comme moi apprécient une langue française qui sonne un peu "ancienne époque". Il y a aussi quelque chose de rassurant à constater - à l'heure de la pornographie démocratisée - que la simple lecture d'un texte peut se révéler très excitante... mais il ne faut donc rien attendre ici de bien subversif, puisque la seule thèse défendue qui est celle du "droit à jouir" a un peu vécue et surtout à démontrer ses limites.

Citation : "En chacune d'elles, je poursuivis toujours un idéal : la Femme, la Femme triomphante, la Beauté faite Femme, et la Femme incarnant, symbolisant la Beauté, la Femme sacrée, la Déesse dont je fus le prête le plus fidèle, le plus dévoué, le plus fervent et le plus fanatique. J'eusse aimé que toutes les femmes de la terre fussent réunies en une seule pour les posséder toutes en même temps. Si l'on m'estime coupable pour cela, soit, mais si je devais revivre, je recommencerais encore et toujours. "

L'Infini dans la paume de la main : (Matthieu Ricard et Trinh Xuan Thuan)

Cela fait un moment que j'ai lu ce livre, donc ma critique n'est pas toute fraîche... mais j'en garde un souvenir très agréable.

Sa lecture est à conseiller à tous les "albatros" en quête d'altitude, souhaitant planer par-delà les basses préoccupations du quotidien.

Comme on pouvait se l''imaginer, connaissant les 2 auteurs de l'ouvrage, le niveau de discussion est effectivement élevé tout en restant abordable (pas de jargon technique ou autres) et c'est un véritable régal pour tous ceux qui aiment se griser de réflexions philosophiques.

Le seul point faible tient en l'attitude du moine bouddhiste que j'ai trouvée assez peu ouverte à la discussion et campant sur ses positions.
Cela donne un sentiment de mépris envers son interlocuteur : le physicien Trinh Xuan Thuan, qui lui au contraire affiche une attitude beaucoup plus modeste malgré l'étendu de ses connaissances et la qualité manifeste de ses réflexions.
Cette attitude de dédain est même (volontairement ?) visible dès la photo de couverture où le lama se trouve en avant du savant (un peu dans l'idée du maître devant son disciple...).
Alors, on me dira que cela fait partie des exercices quotidiens des moines bouddhistes de défendre bec et ongles les positions officielles de leurs textes sacrés en faisant face aux arguments de leurs compères, mais cela donne au final l'image d'une attitude qui est celle de ceux qui refusent de se remettre en cause.

Ceci dit, cela n'enlève rien à l'intérêt de cet ouvrage.

La planète des singes (Pierre Boulle)

Voilà un livre qui m'a agréablement surpris puisque j'ai débuté sa lecture sans forcément en attendre grand chose.

Si il s'agit d'un livre de SF, on peut aussi le rapprocher des comte et récits fantastiques qui amènent leurs personnages dans des univers décalés, bien que presque toujours miroirs du monde connu. Je le rapproche notamment de l'oeuvre de Jonathan Swift : Les voyages de Gulliver.

Effectivement, ici aussi le héros est un voyageur se retrouvant dans un monde parallèle à celui qu'il a quitté, les singes de Boulle étant comparables aux lilliputiens de Swift.

Le point fort du roman tient à l'efficacité avec laquelle l'auteur arrive à nous faire nous identifier au héros. Ceci nous permet de « vivre » à travers lui, et avec une grande justesse toute l'ambiguïté de sa situation, se retrouvant sur une planète où l'être humain est réduit à l'état animal quand ce sont les singes qui sont les sujets conscients. A travers cette expérience imaginaire, on touche au problème de la conscience qu'on imagine instinctivement comme une caractéristique propre à l'être humain, puisque justement le siège de son « humanité ».

Mais comme dans les mondes parcourus par Gulliver, la civilisation simienne sert aussi de miroir à la civilisation humaine dont on retrouve certains travers.

Là où à mon avis l'auteur devient moins pertinent, c'est lorsqu'il essaye d'élaborer une théorie de l'évolution visant à créer un lien de filiation entre l'espèce humaine et l'espace simienne. Cette théorie m'apparaît comme fumeuse et n'apportant rien au récit, une simple évolution parallèle des deux espèces aurait été plus crédible et aurait suffit à créer cette situation de décalage entre les 2 mondes.

Le festin nu – William Burroughs en mal d'aurore ?

Tout d'abord, on peut s'étonner que ce livre soit classé par les éditions folio dans la rubrique « SF ». On est à mon avis plus proche du roman poétique ou surréaliste, mais enfin cela reste au final des étiquettes...

William Burroughs a manifestement pris au mot Rimbaud qui indiquait en prélude d' « Une saison en Enfer » d' « avaler une fameuse gorgée de poison » Il en a même fait le mot d'ordre de son existence en plongeant dans le monde des junkies et autres marginaux. « Le festin nu » se veut donc le témoignage de ce périple en contrée empoisonnée.

Je suis habituellement méfiant par rapport à l'univers de la drogue, tant ce genre d'expérience est devenu banal. Comme pour l'alcool, c'est effectivement aujourd'hui celui qui n'a jamais « consommer » qui est regardé comme étrange, tant cela semble maintenant naturel dans toute réunion festive et autre rassemblements grégaires. Comme tout ce qui est banalisé, cela perd beaucoup de son intérêt.

Alors, il faut dire tout de suite qu'avec Burroughs on se place à des années lumières de ses moeurs si « convenues » pour pénétrer dans l'univers de ceux qui se sont jetés à corps perdu dans l'univers de la drogue. Le résultat en est donc forcément plus intéressant, surtout quand tout cela est exprimé avec le génie d'un Burroughs.

Suite de « visions » plus hallucinées les unes que les autres, le lecteur est malmené et très souvent conduit dans des univers férocement subversifs et malsains. Voici d'ailleurs ce qu'écrit Burroughs à la fin de son livre : « Gentil Lecteur, le verbe va se ruer sur toi, te broyer avec ses griffes d'homme-léopard, t'arracher doigts et orteils comme on fait aux crabes opportunistes, te pendre au gibet et happer ton foutre comme un chien scrutable, s'enrouler autour de tes cuisses à la manière d'un crotale et te seringuer un dé à coudre d'ectoplasme ranci... ». Peut-être aurait-il été préférable de placer cette mise en garde aux lecteurs en préambule de son oeuvre, tant elle décrit bien ce qui vous y attend !

Je ne me souviens avoir lu quelque chose de comparable que dans « Les chants de Maldoror » de Lautréamont. Il y a même de quoi s'étonner qu'un tel texte puisse être en libre diffusion dans nos sociétés si politiquement correctes. L'auteur a d'ailleurs été poursuivi pour « obscénité » aux États-Unis peu de temps après sa publication...

Il faut aussi prévenir ceux qui comme moi ont connu le « Festin nu » par l'interprétation cinématographique qu'en a donnée David Cronenberg, que le film est bien différent du roman. On y retrouve bien le côté décalé, surréaliste, la suite de scènes entre lesquelles on ne trouve pas forcément de lien clair... mais le scénario lui est très éloigné du roman qui semble plus avoir été une source d'inspiration qu'autre chose. Ceci n'est pas une critique négative du film que j'ai trouvé excellent mais il ne faut pas s'attaquer au roman en espérant y retrouver le scénario du film ou encore des explications...

Bref, si vous aimez la littérature qui vous prend aux tripes, remet en cause toutes vos certitudes en explosant les bornes du réel, courrez vous procurer ce livre qui vous est définitivement destiné !