dimanche 20 février 2011

Cyril Bedel - Le désir des victimes.

Voici encore un roman que vous aurez sans doute du mal à trouver dans votre librairie préférée mais peut-être encore sur le marché de l'occasion.

Il a été publié à l'époque par les Éditions Joëlle Losfeld et les Éditions Blanche mais ils ne le proposent plus dans leur catalogue.

Les Éditions Blanche sont spécialisées dans la littérature érotique, mais ce roman si il aborde la sexualité de manière très directe serait plutôt anti-érotique. En effet l'auteur aborde le sujet plus que trouble de l'inceste.

L'ouvrage est le récit d'une femme ayant subi des violences sexuelles dès ses plus jeunes années. Le texte prend la forme de ce que je nommerais de la « littérature introspective », c'est-à-dire que plus qu'un récit d'évènements, il s'agit plutôt d'une suite d'impressions de la narratrice, oscillant en permanence entre présent et passé, d'une manière que j'ai trouvée assez confuse.

L'auteur, via sa narratrice dit lui-même à un passage ne pas vouloir faire de la littérature, sans doute dans un but d'authenticité mais du coup le texte manque souvent de clarté.

D'ailleurs les passages où la narratrice parcourt le cahier intime de son « petit gars » du moment apparaissent beaucoup plus lisibles. Peut-être l'auteur aurait-il gagné à utiliser ainsi la forme du cahier intime pour l'ensemble de son roman ? Il me paraît de toute façon vain de vouloir coller de manière réaliste aux impressions et pensées d'un personnage. A moins peut-être d'enchainer des bribes de phrases de manière un peu poétique... mais ce n'est pas cette forme non plus qui a été retenue.

Pour ce qu'il en est du fond, le texte est très violent, ce qui me paraît pour le moins normal et donc juste étant donné le sujet. Le moins que l'on puisse dire c'est que les « petits gars », comme nomme la narratrice ses différentes conquêtes masculines, ne sont pas épargnés !

L'ambivalence de son sentiment amour / haine envers son père et plus généralement envers les hommes est très bien exprimée. Idem pour la volonté de se venger en en faisant baver au maximum à ses « petits gars » mais aussi la volonté / l'espoir de s'en sortir.

La dureté des jugements de la narratrice « Marie » m'a rappelé le dégoût que j'avais entendu dans la bouche d'une prostituée parlant de ses clients lors de je ne sais plus quelle émission TV... La « Marie » du roman a d'ailleurs elle-même vendu ses charmes à l'occasion...

A lire donc, malgré mon bémol quant à la forme du récit.


En voici un court extrait :

« Les petits gars, ça m'amuse d'aiguiser leur désir, de les sentier gonfler devant moi, de tenir ça du regard pour m'assurer que jamais il ne me feront mal, parce que plus personne n'a le droit de me faire mal que moi-même. Ils ne me comprennent pas. Aucun. Même les têtes les mieux faites, les hommes les plus brillants et je m'en suis fait plus d'un, intelligents à la ville ils deviennent cons au lit d'une femme, on leur a dit tellement leur génie qu'ils s'aveuglent.
Pas un homme ne peut imaginer à quel point je les déteste tous, à quel point ils vont payer pour ce qu'ils m'ont fait, même si les psy se réjouissent d'avoir des solutions à tout je leur pisse à la raie. J'ai une vie pour qu'ils payent. Même les psy. Encore un ou deux. »

samedi 5 février 2011

Sylvain Jazdzewski « Éthique de l'abyme. »

J'ai parlé ici par le passé du blog de Riffle Noir, une collection dédiée aux romans policiers, d'un « petit » éditeur du nord de la France nommé « Les éditions de Riffle ».

Il se trouve qu'au-delà de ce genre, cet éditeur comme indiqué sur son site internet «  perpétue la tradition du roman et explorent d'autres types d'écriture (nouvelles, récits, poésie, chroniques). ».
C'est donc dans une autre de ses collections « Écritures » que j'ai découvert le recueil « Éthique de l'abyme. » de Sylvain Jazdzewski.

Tout d'abord, je veux parler du livre en lui-même, comme objet.
Sa réalisation est soignée et n'a rien à envier aux grands éditeurs, bien au contraire !
La « Vierge Noire » de Carl Sonnenfeld servant d'illustration de couverture est superbe et je trouve très à propos pour ce recueil.

J'en viens au texte en lui-même.
Suite d'évocations et de « visions » quelque peu rimbaldiennes que l'auteur partage avec nous, c'est globalement une réussite.
L'auteur ne cède ni à la facilité de jouer avec des clichés éculés en poésie, ni à celle de se réfugier dans une poésie trop abstraite, au risque au final d'être incompréhensible.

Il parvient au contraire à nous faire ressentir des émotions souvent diffuses mais bien réelles. L'ambiance est sombre, morose... voire nauséabonde (on cherche air pur à respirer !) mais aussi teintée ici ou là d'espoirs fugaces.

Bref, une véritable récit poétique que j'ai pris plaisir à lire.


Voici un court (mais peut-être représentatif ?) texte, issu de ce recueil :

Amen

Encerclés ils ne doutent pas
Épuisés ils ne tombent pas
Abattus ils ne renoncent pas
Annihilés ils continuent
Vivants ils ne le sont pas

Oui l'âme humaine est fascinante

(onyx infini)